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Bienvenue sur le blog Source Celtique #2 - Blog hommage, à Alan Stivell Cochevelou, retour sur les chemins de terre d'un Barde Breton..."kentoc'h mervel eget em zaotra"

Fontaines D.C., des racines et des riffs (www.latribune.ca / 24.04.22)

Publié le 25 Avril 2022 par Source Celtique #2 in Sortie album

Fontaines D.C., des racines et des riffs (www.latribune.ca / 24.04.22)
Eric Randolph
Agence France-Presse
 
Partir pour mieux se retrouver: les membres de Fontaines D.C., diamant de la nouvelle scène rock, ont quitté leur ville de Dublin pour Londres, avec à la clé un troisième album d’une belle densité.

Le mois dernier, le NME, magazine britannique qui fait la pluie et le beau temps dans la sphère branchée, a consacré le quintette comme le meilleur groupe au monde.

«On va fêter ça comme au N° 10», s’est exclamé le chanteur Grian Chatten en recevant le trophée, une main couleur or au majeur dressé. Une référence au scandale des fêtes au 10, Downing Street en plein confinement que le premier ministre britannique Boris Johnson traîne comme un boulet.

Il faudra se contenter de cette saillie car l’auteur des textes des Fontaines D.C. a réduit la voilure en interview, trop enfermé à ses yeux dans le costume du leader. C’est un des deux guitaristes, Conor Curley, qui se plie à l’exercice. Mais lui aussi fait attention aux images réductrices, même si elles sont d’abord flatteuses.

Ainsi, dès la sortie de leur premier album Dogrel (2019), la presse les surnomme les «punk-poètes». Ils ne se sont pas repérés à leurs étuis de guitares à l’université mais aux couvertures des recueils de poésie empruntés. À cause de cette étiquette, Conor Curley a fait un rejet. «À un moment, je ne voulais même plus du tout lire de poésie car j’avais l’impression que les gens attendaient ça de moi», explique le musicien à l’AFP, quelques heures avant de retourner L’Olympia à Paris.

«Hors du temps»

«Comme si on me tendait un Yeats en disant “Prends-le en toi”.» Le Prix Nobel de littérature en 1923 ne sera pas le seul auteur irlandais qu’il citera au cours de l’entretien. Comme quand il décrira l’état d’esprit du groupe. «Nous sommes juste des personnes ayant les mêmes idées, incroyablement romantiques en songeant à la scène de Dublin, celle des écrivains comme Patrick Kavanagh, et tous ces esprits flottant au-dessus de la ville, partageant leur création.»

«Peut-être qu’on se sent un peu hors du temps», glisse-t-il. Hors du temps mais lucide sur les écueils à éviter dans la vie d’un groupe. Il ne s’en cache pas, la pandémie a certes stoppé leur élan pour défendre sur scène leur deuxième album (A Hero’s Death, 2020) mais a empêché que la formation n’explose entre tournée marathon et fêtes à répétition.

La pause forcée puis un déménagement à Londres furent des bouées de sauvetage. «On a retrouvé un sentiment de communauté entre nous, en tant qu’Irlandais expatriés», assène-t-il. In ár gCroíthe go deo, premier titre de l’album Skinty Fia (sorti vendredi), fait référence à une histoire qui a fait grand bruit au Royaume-Uni.

«Froid dans le dos»

Les autorités ecclésiastiques anglaises ont mis des bâtons dans les roues d’une famille qui voulait inscrire cette phrase en irlandais («dans nos cœurs pour toujours») sur une pierre tombale en Angleterre. De peur que cela ne déchaîne les passions et ne ravive les souvenirs du conflit nord-irlandais.

«Cette histoire m’a fait froid dans le dos, confie le guitariste. L’idée qu’ils pensent que la langue irlandaise soit une provocation est terriblement blessante. Ils ont voulu éradiquer cette langue que quelqu’un voulait mettre en hommage sur une pierre tombale...»

Quand ils s’installent dans les pubs anglais, les membres de Fontaines D.C. entendent souvent fleurir des mauvaises blagues sur l’IRA ou le terme «Paddy», sobriquet péjoratif désignant les immigrants irlandais. En réaction, leur album s’appelle Skinty Fia, vieille expression irlandaise — «la damnation du cerf» — utilisée comme un juron par la grand-tante du batteur quand quelque chose l’ennuyait.

La pochette du disque montre d’ailleurs cet animal, jeune et sans ses bois, dans une habitation aux murs d’un rouge inquiétant. Reflet d’un groupe qui se sent parfois étranger au monde qui l’entoure.

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